Quelles distributions choisir pour jouer sur Linux en 2018

Ce titre n’a rien d’original, pire encore, il est parmi de ceux que l’on peut le plus retrouver sur les sites traitant de près, ou de loin, de la vulgarisation de l’information sur Linux.

Malheureusement, ce titre est souvent accompagné d’articles vite rédigés par des personnes n’ayant qu’une expérience limitée des distributions GNU/Linux et du terminal, ce qui a pour conséquence, la diffusion de catalogues indigestes, mettant en avant des distributions qui n’ont que pour seul point commun avec le gaming, que leur nom.

Par exemple, on retrouve très souvent des forks de distribution célèbres, le concept consiste à prendre une distro éprouvée ( debian ou ubuntu bases la plupart du temps), lui coller une tonne de jeux open-source gratuits installés, lui ajouter un wine, steam et quelques émulateurs, et voilà comment certaines distributions tentent de faire passer un tracteur pour une voiture de course…

L’expérience « out-of-the-box » de ce genre de distribution comme Game Drift Linux, Ubuntu GamePack ou Sparky Linux Gameover Edition, par exemple, peut-être séduisante pour un néophyte de l’environnement Linux. Il suffirait d’installer pour jouer immédiatement sans à avoir à s’occuper de pilotes, téléchargements de logiciels ou de configurer quelque-chose.

Game Drift Linux

Ce qui fait la force de Linux, c’est aussi sa personnalisation, l’utilisateur installe une distribution dans laquelle il adhère à sa démarche de construction et de fonctionnement. Une distribution, n’est pas seulement un somme d’applications et de paquets entassés les une avec les autres, c’est aussi le lien et l’harmonie du lien qui existe entre les paquets afin que l’expérience de l’utilisateur soit fluide, fonctionnelle et agréable. Une distribution bien choisie et configurée va dans le prolongement des sensibilités de son utilisateur, par conséquent, les distributions estampillées « Gaming » comme celles sus-citées sont complètement impersonnelle par définition, elle ne participe pas au sentiment de construction et d’appropriation de l’environnement, elles sont déjà complètes de par leur soucis d’exhaustivité, d’une liste d’applications, et lourdes dans leur fonctionnement car envahies de jeux/logiciels en tout genre qui ne seront certainement jamais lancés par leurs utilisateurs.

A quoi bon s’encombrer de paquets inutiles qui peuvent entraver ou ralentir le fonctionnement optimal du système lorsqu’on en a pas besoin. Et justement, si on s’intéresse un tant soit peu aux mécaniques d’un système GNU/Linux, on cherche à s’affranchir de l’inutile pour ne garder que ce qui est efficace et utile, dans le but d’avoir la main sur un système qui nous ressemble.

Le monde de Linux est très vaste, les distributions qui se veulent complètes et « out-of-the-box » ont certainement leur public, il ne s’agit pas de leur jeter la pierre, mais lorsque un minimum de maîtrise est atteint, ce n’est clairement pas le genre de distribution à choisir lorsque l’on est à la recherche d’un système très performant pour le gaming. Les niveaux de performances entre les distributions sont très variables, et même au sein d’une distribution, les performances peuvent varier de manière assez marquée ne serait-ce que par le choix du Desktop Environment ( KDE,Gnome, XFCE, Mate, Budgie, etc…), par le choix du Windows Manager, lorsque cela est possible ( Kwin, Mutter, etc…), par le choix du Kernel, et par le choix de divers paramètres…

Tout ces paramètres entre en ligne de compte lorsque l’on choisit, que ça soit une distribution complète ou une distribution « à construire ».

 

DONC COMMENT CHOISIR ?

On peut d’ores-et-déjà lister des critères importants pour orienter le choix d’une distribution Linux typée « Gaming »:

  • Standard: Actuellement, du fait de la quantité de jeux impressionnante distribuée sur Steam ( +4000 jeux natifs), ce sont les distributions en « .deb » qui font autorité, Steam supportant officiellement SteamOS (Debian based) et Ubuntu ( dérivée de Debian). Posséder une distribution fonctionnant sur un standard répandu( .deb ou .rpm) permet souvent de ne pas trop chercher les complications
  • Mode de diffusion: « fixed release » ou « rolling-release », a son importance dans la manière dont la distribution va évoluer et vieillir dans le temps. Les distributions en rolling-release sont souvent mieux adaptées au gaming car plus fréquemment à jour dans leurs librairies, pilotes, logiciels, elles sont aussi souvent plus instables car moins testées, mais présentent l’avantage d’intégrer les nouvelles technologies en douceur, petit à petit, sans brutaliser l’équilibre et la construction d’une distribution contrairement aux distributions basées sur des versions à dates fixes. Ces dernières sont souvent beaucoup plus stables, car les mises à jours régulières ne concernent jamais de changements radicaux dans les paquets. En revanche, elles peuvent « casser » plus facilement lors du passage à des versions supérieures lorsque c’est généralement la quasi-totalité du système qui est mis à jour d’un coup.
  • Rendement/efficacité: Mesuré à la fois par l’impression visuelle, l’impression de fluidité et par les benchmarks. Certaines distributions se montrent particulièrement véloce avec les jeux, du fait de leur très bonne optimisation
  • Communauté/documentation: le monde de Linux étant en perpépuelle évolution technologique, il convient de pouvoir trouver de l’aide dans le cadre de nouvelles technologies intégrées dans une distribution grâce avec l’appui d’une communauté conséquente et/ou compétente.
  • Compatibilité: Un élément difficilement dissociable du choix d’un standard de package, pourtant certaines distributions compensent le choix d’un standard moins répandu ou exotique, par un gros travail de développement de paquets permettant de créer un environnement de compatibilité quasi-équivalent. (Linux Steam Integration/Solus, Steamtricks/openSUSE,etc…)

Bien évidemment, il n’existe aucune distribution remplissant entièrement les pré-requis idéaux, il existe des distributions qui s’en rapproche, souvent plus d’un élément que d’un autre, et tout cela dépend essentiellement des sensibilités personnelles de chacun.

C’est pourquoi, on va pouvoir étudier ci-dessous les distributions qui répondent globalement aux critères pertinents:

 

UBUNTU

La distribution la plus célèbre du monde GNU/Linux, est devenue au fil des ans, un maître-étalon pour les équipes de développement du fait de son large succès, les applications/jeux se doivent de tourner sous Ubuntu pour acquérir visibilité et succès. Valve en a fait sa distribution de référence avant de sortir SteamOS. C’est une distribution équilibrée entre performance et facilité d’utilisation, en clair, une belle porte d’entrée dans le monde de Linux ou pour les personnes veulent oublier leur OS.

Les plus :

  • Officiellement supportée par Valve sur Steam et la plupart des développeurs de jeux indépendants. (.deb)
  • Innovante dans certaines technologie ( Mir, Unity,…)
  • Relativement à jour dans les paquets malgré une diffusion de type  » fixed release ».
  • Facilité d’installation des pilotes

Les moins:

  • 6 mois d’attente entre chaque version, c’est long pour profiter de nouvelles features déjà opérationnelles sur d’autres distros…
  • « fixed release », donc casse plus facilement lors des gros changements techniques entre les versions
  • Dépendance relative à Debian lui impose un cadre de conception.
  • Documentation parfois obsolète et sa masse d’utilisateur lui impose un forum officiel pollué par des conseils pas toujours pertinents.
  • GNOME 3 en tant que DE, conceptuellement trop adapté au tactile et de moins en moins à une expérience de type Desktop. ( voir Kubuntu ou Ubuntu Budgie pour d’autres DE)

 

SteamOS

Lorsque Valve décide de déployer une partie de son catalogue sur Linux en 2012 ( avec un support officiel Ubuntu), il décide d’être l’instigateur d’une forme de concurrence à la domination de Microsoft dans le domaine du jeux sur PC, en créant un cahier des charges permettant aux constructeurs de PC de fabriquer un miniPC/console, estampillé Steam. Mais pour cela, afin de s’affranchir du joug de Microsoft, Valve se lance dans le développement d’un OS maison, en s’appuyant sur les bases d’une Debian stable, réputée pour être certainement ce qui se fait de plus robuste dans la nébuleuse des distributions GNU/Linux.

Les plus:

  • Une base Debian stable « indestructible »
  • Packaging en .deb très répandu
  • L’expérience Debian sensiblement plus réactive que sa fille (il)légitime Ubuntu.
  • Le support « out-of-the-box » de nombreuses manettes, contrôleurs, souris, clavier, casques, etc…
  • Naturellement « Steam compatible » sans aucun bricolage

Les moins:

  • Le développement lent
  • Les mises à jours toujours très espacées ( Valve a annoncée vouloir mettre à jour plus fréquemment en 2018), « fixed release »
  • N’a pas réellement d’identité, ressemble à une Debian maquillée
  • Souffre d’un gros manque de visibilité au regard de l’importante puissance financière dont dispose Valve
  • Pas très fournie pour une utilisation mixte ( en dehors des jeux)

 

DEBIAN TESTING

Communément appelée, la « Mère de toutes les distributions », ce qui n’est pas tout à fait vrai. Cette distro résiste bien aux effets du temps en restant toujours parmi les distributions apportant une expérience fluide et réactive, souvent bien meilleure que toute la lignée qu’elle a enfantée au fil des ans. Distribution stable par excellence, elle s’est forgée une solide réputation tant sur les desktop que les serveurs. Elle peut compter sur une communauté de bénévoles très active et dévouée. La version « testing » apporte plus de modernité à la distribution au prix d’une stabilité à peine amoindrie, un choix équilibré entre une « Debian stable » un peu en retard et une « Debian Sid » un peu tête brûlée.

 Les plus:

  • Stabilité
  • Sécurité
  • Sa documentation et sa grande communauté
  • + 50 000 packages ! Impossible de ne pas trouver ce que l’on veut (.deb)
  • Rolling release

Les moins:

  • Pas très « sexy », à moins de bricoler un peu
  • Inégale dans la fraîcheur des paquets
  • Pas très téméraire dans l’adoption des nouvelles technologies
  • Demande parfois un peu de travail dans l’installation des pilotes

 

TUMBLEWEED

Créée sur les cendres de la distribution Factory ( test) d’OpenSUSE, Tumbleweed est une rolling-release qui a réussi à devenir utilisable au quotidien contrairement à son ancêtre qui cassait régulièrement. Tumbleweed a acquis une certaine forme de stabilité pour une distro qui fournie souvent les dernières versions de paquets grâce au protocole de test OpenQA mis au point par Suse.

Les plus:

  • Rolling release ! (.rpm)
  • Dépôts OBS
  • Yast, certainement ce qui se fait de mieux pour configurer Linux au plus profond de ses entrailles
  • Orientée « bleeding edge », toujours à jour dans les packages
  • Stable pour une distribution orientée test (OpenQA) et les Snapshots pour revenir en arrière en cas de soucis.
  • Intégration visuelle de KDE réussie
  • Très véloce

Les moins :

  • Se tenir au courant des mises à jours
  • Demande parfois un peu de bricolage pour les jeux ou les applis (.rpm)
  • Pas de support officiel de Steam ( utilisation de Steamtricks)

 

ARCHLINUX

La distribution créée par Judd Vinet est paradoxale, à la fois difficile et simple, difficile pour le néophyte qui voudrait s’attaquer à son installation et simple dans son fonctionnement et sa transparence. Du fait de son mode d’installation qui s’adresse plutôt à un public averti, Arch permet la construction d’une distribution pratiquement à l’image de son utilisateur, il y installe ce qu’il veut et comme il veut. Il en découle une expérience très fluide et performante.

Les plus:

  • Rolling release
  • Pacman et les dépôts AUR
  • Une documentation à jour, très technique et gargantuesque, tenue par une communauté de spécialistes.
  • Un OS rapide, très rapide !
  • L’incarnation du terme « Bleeding Edge » dans toute sa splendeur, plus à jour dans les paquets tu meurs.
  • Il n’a jamais été aussi facile de bricoler à la main les entrailles d’une distribution, tout est transparent et logique.

Les moins:

  • Pas de support officiel de Steam ( mais une communauté qui assure un très bon support sur la distro)
  • Certaines mises à jours peuvent tout casser, il convient de se renseigner sur la méthode à suivre par les développeurs avant d’en effectuer certaines.
  • Inaccessible pour le débutant du fait de sa difficulté d’installation ( mode console seulement)

 

GENTOO

A part installer sa distribution « From Scratch », il n’existe pas plus complexe à installer que Gentoo en terme de distribution GNU/Linux. Mais sa complexité a pour récompense l’assurance d’avoir un OS complètement personnalisé et optimisé très précisément pour le hardware que l’utilisateur possède. En clair, l’OS est créé à la carte à l’image des envies de son utilisateur, pour des performances qui visent la stratosphère.

Les plus:

  • Utilisation des USE Flags pour compiler un OS léger, libéré de tout code superflu
  • Communauté de spécialistes
  • Portage en tant que gestionnaire de packages, inspiré des ports BSD, permettant la compilation à partir des sources
  • Rapidité, fluidité et performance

Les moins:

  • Prendre des RTT/vacances pour compiler un OS…
  • Revenir à OpenRC en tant que init system ?
  • Pas de support officiel de Steam
  • Toujours tout bricoler
  • Simplement impossible à installer pour des débutants

 

SOLUS

La dernière arrivée dans cette liste de distribution mais certainement pas la moins intéressante. Solus entre dans cette liste pour sa capacité d’innovation et sa démonstration pour devenir une plateforme de choix pour le gaming sur Linux. Cette distro, créée à la main « from scratch », par Ikey Doherty, est un projet visant à s’affranchir des systèmes de packaging existants, tout en promettant l’expérience de jeu la plus convaincante pour une distro « indépendante »

Les plus:

  • Ikey Doherty à la barre: ( créateur de la distro, de Linux Steam Integration et du DE Budgie)
  • Budgie: un desktop environment innovant, proposant une expérience de type « flat », claire et légère (gtk3)
  • Linux Steam Integration: un package visant la compatibilité totale de Steam avec n’importe quelle distribution
  • Experience fluide et efficace
  • Installation automatisée de la plupart des pilotes

Les moins:

  • Trop dépendante d’un seul homme
  • Il reste encore du travail sur Budgie et LSI
  • Rythme de mise à jour un peu lent

 

 

J’ai occulté certaines distributions, et ce de manière volontaire, je pense que beaucoup penseront à Fedora, mais celle-ci ne présente pas réellement d’avantages marquants par rapport à une simple Ubuntu, et sa version Rawhide n’est clairement pas exploitable au quotidien contrairement à Tumbleweed alors que sa diffusion en « rolling release » présentait un gros atout. Fedora est une très bonne distribution, et malgré son côté un peu plus bleeding-edge qu’Ubuntu, elle souffre essentiellement de ne pas être reconnue en tant que standard de gestionnaire de packaging (.rpm), son manque de support officiel steam et sa diffusion en « fixed release »

J’ai zappé également les forks d’Archlinux, tels que Manjaro et Antergos, qui sont de bonnes distributions mais des Arch alourdies et moins véloces, et ce n’est que parce que Arch est particulièrement véloce que cette « lourdeur » relative du aux nombreux scripts qui prennent en main l’utilisateur, que ces distributions peuvent donner l’illusion de grandes performances.

Cette liste représente mon point de vue, basé sur mon expérience des distros sur plusieurs années, en tenant compte des évolutions des distributions pour ne juger que ce qu’elles sont devenues en 2018.

Sans entrer dans une « distro war », je laisse la liberté à chacun de ne pas être d’accord, ou même de venir défendre la distribution avec laquelle il joue régulièrement, tant que cela reste argumenté.

 

Pour cela, n’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires

 

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Bonjour ! Je viens de lire votre article très intéressant mais qui m’a fait me questionner. Je viens de m’acheter un pc portable MSI sans OS car mon pc fixe est sous win7 craqué et je déteste win10 . Je voulais donc m’installer un OS linux pour pouvoir jouer et travailler sur mon ordinateur portable, je me tournais vers sparky gameover mais d’après ce que je vois, ce n’est peut être pas une bonne idée. Mais j’hésite à prendre une des versions dont vous parlez car je suis totalement novice quand aux distributions linux bien que j’utilise GIMP très régulièrement.… Read more »